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Ramon Miralpeix
Présentation du Volume Préparatoire – « Les Temps du sujet de l’Inconscient.. »
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Hétérité 3 se faisait l'écho en 2003 des Premières Journées Européennes de l'Internationale des Forums qui ont eu lieu à Madrid en octobre 2002 avec comme titre: Le temps de la psychanalyse. Il sort maintenant ce "volume préparatoire" dans lequel sont publiés les textes qui devront nous aider à nous placer dans la visée du V° Rendez-vous de la Internationale des Forums ; il s'agit d'un nouveau retour, comme dans une analyse jamais égal au précédent, pour étudier ce qui n'existe peut-être que pour l'homme, le temps, et la dialectique ouverte entre l’instant et la durée, entre l'atemporalité et le dire... tout cela dans un cadre spécifié, celui d'une psychanalyse.
Le CIOE, qui a la responsabilité de la publication de ce volume, espère que sa lecture offrira à tous l'occasion de se préparer davantage à la Rencontre.
I
Il y a déjà presque un siècle, Freud situait la psychanalyse dans l'histoire de l'humanité dans la série des "graves humiliations à sa fierté ingénue" (Freud, 1917 ). Aujourd'hui, il ne nous rend guère nerveux savoir que la Terre n'est pas le centre de l'univers, que la primauté de l'homme sur la Terre ne provient d'aucun privilège dû à son origine propre... le discours lui-même de la science s'occupe de suturer les traumatismes que son savoir a pu produire. L'inquiétante révélation que le "je", sur lequel s'était soutenue la pensée elle-même, n'était pas plus qu'un voile, une écorce dissimulant ses raisons propres, cette inquiétude ne va pas pouvoir être dissoute parce que la psychanalyse a pour essence justement le trou. Avec la psychanalyse, il s'agit d'un savoir qui opère sur cette blessure en la mettant à découvert au lieu de la suturer. L'"incongruité" de la psychanalyse avec la science, en ce sens, est assurée. Cette incommodité est depuis son origine, et subsistera aussi longtemps que la psychanalyse.
La question en relation au temps est pour nous psychanalystes de pouvoir discerner quel est "réellement" l'apport de la psychanalyse à l'humanité. La question pertinente n'est pas très complexe méthodologiquement : en quoi la psychanalyse a-t-elle changé l'"humanité" ? Nous savons que la science a introduit la possibilité de son annihilation, non seulement par les guerres ou par les armes accumulées, mais aussi par le déséquilibre manifeste produit dans l'atmosphère par les émissions de gaz ; nous verrons si elle sera capable aussi de coudre ce trou. La psychanalyse a introduit, il me semble pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, la perte de l'innocence, autrement dit a introduit la possibilité "d'un véritable" athéisme. Soit, selon les mots de Lacan : "Ceci est le grand secret: Il n'y a pas un Autre de l'Autre" . Que ce savoir ne conduise pas seulement au cynisme est un défi pour la psychanalyse elle-même, et pour nous dans l'EPFCL.
II
Si la question du temps est fondamentale pour nous, elle acquiert encore une valeur supplémentaire du fait d’être le temps de la séance, un trait unaire – si vous me permettez cette expression - sur lequel s'est fixée la signification de la différence, de la rupture dans l'histoire de la psychanalyse qui fait qu'il a maintenant des lacaniens et des non-lacaniens. Et elle est fondamentale en outre parce que la conception du temps détermine ce qui peut arriver, et par conséquent ce qui arrive, entre une entrée et une sortie, entre un début et une fin.
En ce qui concerne le temps de la séance, celui-ci cesse d'être soumis au chronomètre - tant dans la séance à durée variable que dans la séance brève - pour rester sous la "responsabilité" de l'analyste. Ce temps sera déterminé par une logique subjective relative à un temps symbolique, mais aussi par une logique "objective" plus relative à ce qui est réel dans ce qui est temporaire. Dans cette dernière, l'enjeu est d'indiquer soit le moment où l'objet ou son trou montre le nez, soit la coupure qui rend propice son émergence. La conséquence technique, le changement de l'utilisation du temps comme béquille de la loi pour son utilisation comme élément de la structure aura constitué la contribution "technique" plus importante - peut-être ce la seule significative - qui aura été introduite dans le cure analytique après le divan.
En ce qui concerne le temps d'une analyse, nous soutenons la thèse d'une fin, mais aussi le temps de l'émergence du désir d'analyste et le temps de la passe. Ces trois moments, la fin, l'urgence du désir de l'analyste et la passe ne sont ni homogènes ni contemporains et sont difficiles à systématiser. Restent les moments "cruciaux" de virage, de sortie, de changements d'analyste... particuliers à chaque parcours mais non pour cela moins importants et intéressants pour le savoir qui nous occupe.
III
On dit - il y a un discours qui soutient ce dit - que la temporalité contemporaine est celle de la hypermodernité, dans laquelle le caractère "idéal" du temps est l’immédiat, lequel produit une signification subjective de "consommateur impatient" . Le plaisir des préludes, du chemin, est noyé par la jouissance de l’acte, de l'arrivée. Ce que ne laisse pas d'être paradoxal avec le fait, sinon croissant du moins persistant, d’une "spiritualité" et d'une recherche de ce qu'on ne peut pas acheter. Notre "mouvement" a choisi de faire sien, comme champ d'opération, le domaine lacanien, qui n'est autre que le domaine des jouissances et des discours dans lesquels elles sont soutenues aujourd'hui et ici. C’est pour cela qu’une Rencontre Internationale sur le temps est encore pertinente.
Le temps dans lequel nous vivons est un temps où le patient, qui pourra éventuellement devenir analysant, se montre auparavant, à beaucoup d'occasions, comme un consommateur. Sa temporalité est celle qui va de la possession d'un "gadget" à travers lequel il pense jouir jusqu'à sa consommation, c'est-à-dire jusqu'à sa conversion en reste, quand un autre "gadget" occupera sa place.
L'a-temporalité de l’inconscient exige un temps opposé à celui de l’immédiat pour être dévoilé. L'embrayage de la psychanalyse, alors, n'est pas facile. Il ne l'a jamais été, mais pendant un temps le désir a pu être à la mode – encore qu’il ait été revêtu d'idéaux dont il ne reste que le désenchantement. Si le désir a toujours le manque comme partenaire et si son temps est celui d'un parcours, la jouissance, elle, fait toujours Un, et son temps est celui de l’instant. C'est peut-être par là, par la revendication d'un espace pour le désir, que la psychanalyse acquiert une nouvelle valeur subversive, et ainsi une place possible. A partir de ce contexte de subversion, nous pourrons examiner sa place dans les réglementations des psychothérapies ou sa situation par rapport au monde de la santé. S'il fallait prendre une image guerrière, il s'agirait de préciser ce qui stratégiquement peut être le plus utile à la cause, de la guerre de guérillas ou de l'infiltration dans le domaine ennemi... ou de la combinaison des deux.
IV
Finalement, "notre" temps, c'est-à-dire, celui des Forums et son École. Dix années seront passés depuis juillet 1998, temps suffisant pour faire un bonne "mise au point" de nos institutions, en fonction de leur aptitude à ce que la psychanalyse puisse être soutenue par les psychanalystes qu'elles reçoivent, pour que les choses puissent avancer sur le chemin du savoir que nous parvenons à obtenir de la passe, pour le développement et la transmission de la psychanalyse dans le monde. Certaines des variables dont nous partons ne sont plus aujourd'hui les précédentes: nous ne sommes plus au moment de fondation dans lequel il nous fallait accentuer les différences avec le modèle dont nous sommes partis. Par contre, nous sommes déjà dans le temps de notre École de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien.
Ce n'est pas ici le lieu des bilans et de nouvelles propositions, mais plutôt celui d'annoncer leur possibilité afin que l’Internationale de Forums et son École, trouvent un nouvel équilibre entre le dynamisme d'un "état" constitutif permanent et la stabilité des institutions bien affirmées.
V
Pour finir, le temps entre ce volume et la Rencontre à São Paulo, un temps préliminaire qui a une double fin : avancer - faire avant-poste - dans le parcours théorique par différentes questions sur temps et la psychanalyse ; mais en plus, causer des désirs de suivre l'événement et, par conséquent, nous retrouver à beaucoup d'entre nous en juillet 2008 au Brésil.
Ramon Miralpeix
Freud, Sigmund. Obras completas 18ª Conferencia. La fijación al trauma, lo inconsciente. Amorrortu Vol XVI
Lacan, Jacques. Seminario 6. El deseo y su interpretación. Clase 16. 8 de Abril de 1959
Lipovetsky, G. Hipermodernidad, la era en que vivimos. www.comunidadmujer.cl/0actividades04_gilles_nvo.asp
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